L’obligation à onze vaccins assure à Big Pharma une rente, dont il a été l’un des acteurs majeurs. Tout a commencé avec le vaccin DTP (alors seul obligatoire et qui coûtait moins de 10 euros) qui n’a plus été fabriqué depuis 2008. Le pentavalent (DTP, coqueluche et haemophilus) a été, lui, victime depuis le début 2015, de « tensions d’approvisionnement ». Ne restait plus que l’hexavalent (à presque 40 euros). Le Conseil d’État s’en est quand même ému et, le 8 février 2017, a enjoint le ministère de la Santé « de prendre des mesures pour rendre disponibles des vaccins ne contenant que le DTP dans les 6 mois […] sauf à ce que la législation évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ». [1] Sans hésitation, l’élargissement a été annoncé, dans les temps, le 6 juillet dernier. L’industrie pharmaceutique mondiale pèse 1 104 milliards de dollars. Elle fait ce qu’il lui plaît.
Ainsi que le rappelle Michèle Rivasi, « 200 vaccins sont aujourd’hui en voie de développement par les firmes pharmaceutiques alors qu’il n’en existait que quelques dizaines il y a encore quinze ans. Le chiffre d’affaires mondial lié à la vente de vaccins est passé de 6 milliards d’euros en 2006 à 20 milliards en 2012. Et le marché atteindra 56 milliards en 2017. » De quoi satisfaire, par exemple, Sanofi, qui vend toujours plus de vaccins et investit dans la grippe et les combinaisons pédiatriques. [2]
« Gavi, l’Alliance du vaccin » est une coalition mondiale composée de gouvernements nationaux, d’organisations internationales (l’Unicef, l’OMS, la Banque mondiale, la Fondation Bill-et-Melinda-Gates pour les vaccins de l’enfant, la Fondation Rockefeller) et d’entreprises privées (Fédération internationale de l’industrie du médicament, etc.). Gavi s’est donné pour mission de fournir aux pays les plus pauvres la possibilité d’acheter des vaccins. Comment ? En émettant par exemple des obligations garanties par la promesse de ces États d’acheter des vaccins. Une belle démonstration de « philantrocapitalisme ».
En effet, les fondations sont des structures qui bénéficient de facilités fiscales et qui peuvent brasser des milliards sans être soumises aux mêmes réglementations que les sociétés commerciales privées. Depuis les années 2000-2010, des ultra-riches et des multinationales développent ce type d’activités parallèlement à leurs affaires officielles.
Dès lors, on peut légitimement se demander si tout cela ne relève pas d’une gigantesque opération financière, au détriment du budget des États, une opération de siphonnage des financements de la santé publique.
Pour s’y employer, le Global Health Security Agenda (GHSA) – dénommé en français Programme d’action pour la sécurité sanitaire mondiale – a été lancé à l’initiative des États-Unis en février 2014, validé par le G7 en juin 2014, mais dévoilé par la Maison Blanche seulement en septembre 2014.
Le GHSA, que le Congrès américain finance à hauteur de 1,9 milliards de dollars, est une vaste coalition de plus d’une soixantaine de pays (Chine, France, Italie, Jordanie, Malaisie, Turquie, Japon, etc.). Ce partenariat public-privé associe aussi les départements d’État américains de la Santé, de l’Agriculture et de la Défense, et des organisations internationales telles que l’OMS, l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), mais aussi Interpol, le CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), l’Union européenne, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la Banque mondiale.
L’objectif de ce programme d’action, établi sur cinq ans, de 2014 à 2019, est de mieux protéger la population contre les maladies infectieuses, autrement dit, il faut vacciner à tour de bras ! - et d’accélérer la mise en place du règlement sanitaire international de l’OMS, dont les quatre premiers financeurs sont les États-Unis, suivis par la fondation Gates, la Grande-Bretagne et Gavi, elle-même financée à environ 25 % par la Fondation Gates.
Notons aussi au passage qu’en 2012, l’assemblée générale de l’OMS a voté le Global Vaccine Action Plan (GVAP), un plan d’action sur 10 ans, de 2011 à 2020, qui recoupe à 80 % les projets nationaux d’obligation vaccinale.
Le GVAP, annoncé par Bill Gates lui-même lors de son discours sur la Décennie de la vaccination à la tribune de l’OMS en mai 2011, et adopté un an après par les 194 pays membres de l’OMS, est un autre élément clé des accords et partenariats supranationaux visant à dérouler une vaccination pour tous, pour toutes les maladies, dans toutes les régions du monde, pour tous les âges de la vie… Il est notable de voir que le secrétariat du groupe de travail de la Décennie de la vaccination, qui réalise le rapport annuel du GVAP, associe la Fondation Gates, l’alliance Gavi, l’Unicef, l’OMS et le US National Institute of Allergy and Infectious Diseases. Cette kyrielle d’acteurs et de partenariats public-privé est un élément clé de l’engrenage vaccinal actuel, insistant par exemple sur la rougeole pour sensibiliser la population aux bénéfices de la vaccination et réduire la méfiance vaccinale.
Le GHSA, pour sa part, a élaboré onze plans d’action, avec des objectifs à cinq ans, chacun relayé aux échelles nationales. L’un de ces plans, le quatrième, porte sur la vaccination. Son objectif ? Qu’au moins 90 % des enfants de moins de 15 mois aient reçu au moins une dose d’un vaccin contenant une souche anti-rougeole. La rougeole, choisie par le GHSA en tant qu’indicateur, est, comme par hasard, la maladie infantile mise en avant par notre gouvernement pour justifier une obligation vaccinale étendue à 11 vaccins, soit bien au-delà de la seule rougeole. Le GHSA a bâti un plan global, avec des dates butoirs et des objectifs que ses membres sont invités à respecter. Lors de sa quatrième réunion ministérielle de haut niveau sur la sécurité sanitaire internationale en octobre dernier, à Kampala (Ouganda), les participants ont discuté du souhait des États-Unis de prolonger le mandat du GHSA jusqu’en 2024…
Enfin, pour couronner le tout, le 13 novembre dernier, Donald Trump a nommé son nouveau ministre de la Santé : Alex Azar, un pur représentant de Big Pharma. Président de 2012 à janvier 2017 de Lilly USA, la plus grosse filiale du groupe pharmaceutique américain Eli Lilly, fabricant du célèbre Prozac ; Alex Azar a déjà travaillé au département de la Santé et des Services sociaux (abrégé HHS en anglais, pour Health and Human Services) des États-Unis entre 2001 et 2005, dont deux années en tant que numéro deux du HHS. Le HHS, par sa direction des affaires globales (Office of Global Affairs) et sa sous-direction des pandémies et menaces émergentes (PET), assure également le leadership et la coordination globale des plans d’action du GHSA.
En conclusion, ce que notre gouvernement ne nous dit pas, c’est que cette soudaine extension de l’obligation vaccinale répond avant tout à des engagements et des partenariats internationaux. De toute évidence, dès le départ et depuis longtemps, il n’a jamais été prévu d’organiser une véritable consultation citoyenne sur la vaccination et encore moins d’en tenir compte.
[1] https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?idTexte=CETATEXT000034056265
[2] Nexus n°113, novembre-décembre 2017, Big ou… bad pharma, par Kim-Anh Lim, p. 36.
[3] Nexus n°114, janvier-février 2018, Vaccination, quand le supranationalisme est à l’œuvre, par Maxence Layet, pp. 8-9.